Bloup Bloup n°4 🫧 | La Normandie, terre de rock ?!

Il existe une étonnante concentration de programmation rock dans les festivals de Normandie cette année. Alors comme Poisson Vélo adore la région, on a décidé d’aller vérifier par nous-mêmes. Et de vous offrir des places de festivals pour que vous puissiez nous dire si oui ou non la Normandie est une terre de rock.

Nos premières newsletters te sont offertes, mais en soutenant Poisson VĂ©lo grâce Ă  un don (mĂŞme de quelques euros), tu contribues au dĂ©veloppement d’un mĂ©dia indĂ©pendant. Notre volontĂ© est de rendre les scènes et la presse musicale plus accessibles aux femmes et aux minoritĂ©s de genre âť¤ď¸Ź Pour nous soutenir grâce Ă  un don, c’est sur ce lien <3


J’ai longtemps cru qu’il n’y avait pas de jeunes scènes rock en normandie. Longtemps, j’ai envié celles de Londres et de Paris sans me douter qu’il se passait de supers trucs, aussi, par chez moi. C’est souvent comme ça pour tout, mais il a fallu que je quitte ma région pour mieux la voir et l’apprécier sous tous ses angles. Je n’ai jamais autant aimé être en Normandie que depuis que j’habite à Paris. Tout me manque chez elle, la mer et ses mouettes, le vent qui les porte, l’horizon. Et depuis quelques années j’ai aussi appris à m’attacher à ses scènes émergentes, ses festivals, ses publics que je découvre petit à petit.

Cette année, j’ai été surprise de voir une prog rock indé aussi dense autour de chez moi. En travaillant à la sélection des festivals qu’on vous proposait dans le dernier numéro de Bloup Bloup, je me suis rendue compte de la concentration de groupes fous qui allaient jouer dans ma région cet été. Pour ce nouveau numéro, qui tombe pile poil entre Beauregard et Chauffer dans la Noirceur, on a pensé que c’était le bon moment pour vous parler du rock en Normandie. Pour ça, rien de mieux qu’un peu de terrain.

On a commencé par prendre un flixbus direction Cabourg où on a rencontré des collégien•nes hyper curieux•ses et motivé•es. Avec elleux, on est allé•es poser des questions au groupe de post-punk anglo-normand, Pamela. Là-bas, on a aussi fait la connaissance de Charlotte Lesauvage, programmatrice du festival Douce Amère et chargée d’un dispositif de repérage et d’accompagnement des artistes de Normandie, avec qui on a parlé des initiatives mises en place pour les scènes émergentes.

On a poursuivi notre chemin jusqu’au festival Beauregard où l’on a demandé aux festivalier•es pourquoi le retour du rock dans les progs de festivals c’est important pour elleux. À Beauregard, on a été invitées par nos ami•es de Tsugi Radio et des radios Phénix et 666 à l’antenne, pour parler de ce revival du rock… Enfin, on s’est projetées à la fin de l’été en discutant avec Lena Guerard, programmatrice de Rock in the Barn, festival génial auquel Poisson Vélo se rendra encore cette année. Pour fêter ça, on a une surprise pour vous ! On a aussi réalisé notre habituel agenda concert des deux prochaines semaines. Bon voyage en TER Nomad !

✍️ – Lorène Bienvenu, Normande et co-fondatrice de Poisson VĂ©lo 


On vous le teasait dans Bloup Bloup numéro 3, on a organisé un atelier fanzine au festival Cabourg mon Amour et des collégien•nes ont pu interviewer Pamela ! On vous laisse avec cette vidéo hyper cute 🥹


🎥 – Lorène Bienvenu et ZoĂ© Pinet


À Cabourg, on a fait la rencontre de Charlotte Lesauvage. Elle coordonne un dispositif d’accompagnement pour une quarantaine d’artistes de la région. Elle est aussi référente d’un groupe de travail qui rassemble une quarantaine de festivals normands, en milieu urbain comme rural, autour de problématiques communes. Lorène lui a donné la parole !

Lorène Bienvenu : Tu observes des évolutions dans la scène rock indé en Normandie ?

Charlotte Lesauvage : Il y a une vraie vitalité dans cette esthétique. La proximité avec l’Angleterre a longtemps facilité les échanges, surtout dans des villes comme Le Havre ou Cherbourg, et ça a marqué la culture musicale. On voit une vraie continuité dans les projets rock. Il y a régulièrement de nouveaux groupes, ça se renouvelle bien. Après, la question, c’est plutôt : est-ce que ces projets durent dans le temps ? Tout le monde n’a pas la possibilité de pérenniser son projet.

En Normandie, on a un vrai maillage culturel de petits festivals, souvent en milieu rural, avec des programmations très indé. C’est peut-être lié à un esprit de contestation, ou à un besoin d’alternatives culturelles dans ces zones. C’est difficile à expliquer précisément, mais je pense que c’est multifactoriel : proximité de Paris, culture anglo-saxonne, volonté de défendre des scènes locales…

LB : Tu es aussi programmatrice du festival Douce Amère. Comment sélectionne-tu les artistes qui y jouent chaque année ?

CL : Je vais voir plus de 200 concerts par an. J’ai un petit carnet où je note tout ! C’est essentiel pour repérer des artistes du territoire et les valoriser. J’aime particulièrement proposer des découvertes : les gens peuvent voir des têtes d’affiche ailleurs, mais découvrir un projet qu’ils ne connaissent pas, c’est ce qui me motive. On fait aussi très attention à la diversité, notamment à la représentation des femmes sur scène, encore trop faible aujourd’hui.

LB : Tu fais d’ailleurs partie du réseau Audacieuses avec Douce Amère. Il s’agit d’une alliance d’entraide entre trois festivals normands portés par des femmes : Douce Amère, Biche et Rock in the Barn. Tu peux nous expliquer pourquoi c’est important pour toi d’en faire partie ?

CL : On a voulu crĂ©er une forme de sororitĂ© professionnelle. Ă€ l’origine du rĂ©seau Audacieuses, il y a ce constat qu’en Normandie, il y a très peu de binĂ´mes « directrice–programmatrice », et donc peu de modèles ou de transmissions. 

Concrètement, le rĂ©seau nous sert Ă  mutualiser du matĂ©riel, Ă©changer des infos, et surtout, donner de la visibilitĂ© aux femmes dans les musiques actuelles, oĂą il reste difficile d’occuper des rĂ´les centraux. C’est aussi un message pour les jeunes femmes : « Oui, c’est possible. Â»


Pour l’occasion, on vous a concocté une playlist avec tous•tes les artistes qu’on aime parmi les programmations des festivals normands de l’été. Au programme, Amyl and the Sniffers, qui étaient à Beauregard le week-end dernier, Eat-Girls, attendues à Rock in the Barn en septembre ou encore Opus Kink qu’on aime beaucoup et qui étaient ce week-end à Chauffer dans la Noirceur !

La playlist est Ă  retrouver sur Spotify !


Et en parlant de Beauregard, on y était le week-end dernier ! On a demandé aux festivalier•es leur avis sur la scène rock. On vous laisse avec leurs réponses.



🎥 – Lorène Bienvenu et Zoé Pinet, co-fondatrices de Poisson Vélo


Maintenant qu’on a bien pu profiter de Beauregard, le prochain festival normand qu’on attend c’est Rock in the Barn qui aura lieu en septembre. Zoé Pinet, la deuxième roue du (poisson) vélo a d’ailleurs rencontré Léna Guerard, la programmatrice du festival. On vous laisse découvrir l’interview (et il y a des surprises à la fin) !

ZoĂ© Pinet : Comment es-tu devenue programmatrice de Rock In The Barn ? 

LĂ©na Guerard : J’ai commencĂ© l’aventure Rock In The Barn en 2019, au dĂ©but en tant que bĂ©nĂ©vole Ă  l’accueil artiste, puis je suis rentrĂ©e dans l’équipe orga, Ă  la billetterie. En 2023, l’ancien directeur-programmateur a dĂ©cidĂ© de quitter l’aventure et on a repris le flambeau avec Agathe Plaisance, la directrice [que Poisson VĂ©lo avait interviewĂ© l’an passĂ© !]. On avait des dettes donc il fallait absolument qu’on continue pour pouvoir au moins rembourser nos frais. On a changĂ© de lieu, puisque la commune oĂą on Ă©tait avant a dĂ©cidĂ© d’arrĂŞter de nous aider. Coup de chance : la commune de Vernon (27) voulait absolument nous accueillir. Le maire, qui est toujours lĂ , adore le festival. Il adore le rock, il est venu Ă  toutes les Ă©ditions ! Je me suis retrouvĂ©e Ă  la tĂŞte de la programmation. On s’est tous•tes serrĂ© les coudes dans l’équipe et ça s’est tellement bien passĂ© qu’on a rĂ©ussi Ă  rembourser notre dette. Du coup on a continuĂ© ! Aujourd’hui, on est une grosse Ă©quipe de copains-copines et en plus Ă  Rock In The Barn, on est quasiment que des femmes Ă  la tĂŞte des dĂ©cisions. 

ZP : Comment choisis-tu les groupes que tu programmes Ă  Rock in the Barn ?

LG : Au coup de cĹ“ur ! J’ai toujours Ă©coutĂ© du rock. Avant de vivre Ă  Paris, j’étais Ă  Rouen (76). J’ai beaucoup Ă©voluĂ© avec les groupes de rock de Rouen, j’allais tout le temps au 106 [une salle de concerts mythique de la ville, ndlr]. Quand je suis arrivĂ©e Ă  Paris, j’ai continuĂ©. L’International, c’était ma deuxième maison. Le Supersonic, j’y vais tout le temps aussi. J’ai rencontrĂ© plein de gens, beaucoup d’artistes, je lis toute la presse en lien avec ce genre musical. En gĂ©nĂ©ral, au dĂ©but, je regarde ma playlist et je choisis les groupes que j’aimerais accueillir. J’essaie de contacter les bookeurs, et je demande Ă  l’équipe Rock In The Barn leurs coups de cĹ“ur, ce qu’ils voudraient voir. C’est comme ça que l’annĂ©e dernière j’ai programmĂ© VLURE. On avait deux membres de l’équipe qui Ă©taient ultra fans, on les avait vus tous•tes ensemble au Foul Weather, au Havre, en 2023 et on s’est dit qu’en 2024 on voulait les accueillir. L’annĂ©e dernière, j’ai aussi dĂ©couvert un groupe que j’adore, qui s’appelle Divorce [que Poisson VĂ©lo a aussi rencontrĂ© !]. Je leur ai envoyĂ© un message sur Instagram en disant : « Je vous adore ! Vous ĂŞtes jamais venu•es en France, vous bossez avec qui ? » Iels m’ont donnĂ© le contact de leur agent anglais et puis ça s’est fait comme ça, et maintenant ils font des supers tournĂ©es et iels remplissent des grosses salles. 


ZP : Ă€ quel point la mairie de Vernon est impliquĂ©e dans le festival ? 

LG : On me laisse pas mal carte blanche ! Le maire aimerait surtout que les habitant•es de Vernon viennent au festival. Je pense que c’est un public qui n’écoute pas forcément ce genre musical. C’est pour ça qu’on a programmé des artistes plus techno ou entertainment, comme Michel Hubert, pour qu’il y ai quand même une proposition artistique dansante pour un public qui aime moins les guitares et les batteries.


Pour moi, c’est quand même
important d’avoir une programmation rock, pour garder l’essence du nom du festival. Rock in The Barn a Ă©tĂ© créé par l’ancien directeur-programmateur pour faire des concerts avec ses copain•es dans une grange. Au fil du temps, il a invitĂ© d'autres groupes qu’il rencontrait en tournĂ©e et petit Ă  petit c’est devenu le festival que c’est aujourd’hui. Mon intĂ©rĂŞt c’est aussi de faire dĂ©couvrir des artistes, comme cette annĂ©e avec Camion Bip Bip. C’est pas très rock, mais ça y ressemble dans la dĂ©marche, dans le message. 

ZP : As-tu l’impression qu’il y a un retour du rock dans la prog des festivals ? 

LG : Je ne trouve pas, parce que j’ai toujours Ă©tĂ© assez intĂ©ressĂ©e par le rock et j’ai grandi en Normandie, et comme il y avait Le Rock dans tous ses Ă©tats Ă  Évreux (27), la programmation a toujours Ă©tĂ© très rock. Les festivals ont toujours programmĂ© du rock, mais ces cinq dernières annĂ©es, il n’y avait pas d’énormes tĂŞtes d’affiche. De nombreux groupes sont devenus des tĂŞtes d’affiche. Pas mal de festivals sont des tremplins pour certains groupes. En 2019, on avait programmĂ© Altın GĂĽn et quatre ans plus tard, ils jouaient sur la grande scène de Rock En Seine ! 


J’ai l’impression que
le rock a toujours Ă©tĂ© prĂ©sent en Normandie. Historiquement, il y a une base militaire amĂ©ricaine Ă  Evreux. Après la seconde guerre mondiale, il y avait plein d’AmĂ©ricain•es qui Ă©taient prĂ©sent•es. Un des premiers concerts de Jimi Hendrix, c’était ici ! Et puis le fait que la rĂ©gion soit aussi proche de l’Angleterre, ça fait qu’il y a pas mal de groupes qui viennent. Les premiers concerts des groupes anglais, ça a toujours Ă©tĂ© ici. Et puis il y a pas mal de cafĂ©-concerts Ă  Caen, Ă  Rouen. Depuis cinq ou six ans, Le Havre dĂ©veloppe beaucoup sa scène rock aussi. Et puis la Normandie c’est pas si loin de Paris, donc ça aide certains groupes Ă  se dĂ©velopper plus facilement ! 

Alors, convaincu•e ou pas ? La Normandie est une terre de rock et de pogos ? Si vous souhaitez vérifier par vous-même, on a une surprise pour vous ! Poisson Vélo vous fait gagner des pass deux jours pour Rock in the Barn qui prend place à Vernon du 12 au 13 septembre prochain !
Pour participer, c’est juste ici 💌


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With love, Poisson VĂ©lo 

Cette newsletter a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par Lorène Bienvenu, ZoĂ© Pinet, Nina Decup et Elisa Verbeke. 

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Par Poisson Vélo

Depuis deux ans, Poisson Vélo met en lumière tes nouveaux groupes préférés, te recommande les concerts à ne pas manquer et t'embarque dans les coulisses des scènes indé. Un fanzine vidéo DIY, féministe et indépendant, qui parle autant de musique que du quotidien des artistes, de leurs galères et du monde dans lequel iels évoluent. Notre mission : encourager les femmes et les minorités de genre à reprendre leur place dans les scènes rock et indé, des artistes aux pro de l'industrie, en passant par celles et ceux qui vont aux concerts et font vivre notre média.


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