Comment ta mairie impacte ta salle de concert pref ?

À l’approche des élections municipales, Poisson Vélo a voulu mesurer l’impact des mairies sur les scènes indé. Spoiler alert : la droite et l’extrême droite ne veulent pas le bien de la culture ❌

À la veille d’élections aussi importantes que les municipales et face au climat politique absolument abject dans lequel on évolue ces derniers mois, on ne pouvait pas contourner le sujet. Poisson Vélo n’est pas un média d’analyse politique. Mais vous connaissez nos engagements. Il n’a jamais été question, pour nous, de parler de musique sans prendre en compte le contexte politique, économique, social dans lequel elle est créée et produite. 

Faire de la musique est un engagement. L’écouter aussi. Souvent, la musique est le support de combats collectifs : contre le racisme, l’homophobie, le sexisme, le capitalisme. Elle porte nos espoirs d’un monde qui cesserait de mettre les gens dos à dos, dans l’intérêt d’une poignée de personnes. La musique nous permet d’être en colère, de refuser l’ordre établi. Par son énergie et ses récits, elle nous aide à trouver la force de se réunir et de se soulever.

La musique nous permet de croire en tout un tas de choses. À l’origine, c’est aussi l’un des buts de la politique. On a besoin de croire en des idéaux, qui sont aujourd’hui menacés par la droite et l’extrême droite. Ces partis qui instrumentalisent tout à leur guise, qui propagent des idées détestables et jouent sur les peurs des un·es et des autres. Ces partis qui sont un danger pour la culture.

Pour ce numéro de Bloup Bloup, on voulait vous montrer que les élections municipales auront un impact très fort sur les scènes indé. On a discuté des menaces sur la liberté de création avec la directrice du Syndicat des Musiques Actuelles. On s’est entretenues avec le directeur de Petit Bain sur les financements des salles de concert. Pour vous motiver à aller voter aux aurores ce dimanche, on vous a concocté une playlist bien vener. On a parlé de l’instrumentalisation de la musique par l’extrême droite, de Jean-Marie Le Pen à Jordan Bardella, avec un spécialiste des musiques populaires. Pour vous aider à y voir plus clair, on a aussi analysé les programmes culturels des principaux·ales candidat·es. Et pour finir, le traditionnel hoROCKscope vous aidera à trouver votre petit geste de désobéissance civile selon votre signe astrologique.

Bonne lecture et, ce dimanche, tous·tes aux urnes !!! 

✍️ – Lorène Bienvenu, co-fondatrice de Poisson Vélo 

Le dangereux impact des élus locaux sur la liberté de création des scènes actuelles
Subventions publiques remises en question pour une programmation de rap, le groupe Kneecap visé pour ses prises de position sur la Palestine… Pour Aurélie Hannedouche, la directrice du Syndicat des musiques actuelles (SMA),
la pression de l’extrême droite sur la culture s’intensifie et pousse de plus en plus d’élus, tous partis confondus, à intervenir dans les programmations culturelles. À l’approche des municipales, elle alerte sur une menace croissante pour la liberté de création.

Poisson Vélo : Pourquoi le SMA a-t-il décidé de réagir systématiquement aux tentatives d’annulation de concerts ou de spectacles ?

Aurélie Hannedouche : En 2023, en quelques semaines, une dizaine d’événements ont été ciblés : concerts sabotés, spectacles annulés, pressions politiques. On s’est donc engagé·es à répondre systématiquement, politiquement, médiatiquement et juridiquement. Pour nous, l’enjeu dépasse chaque artiste : il s’agit de défendre l'État de droit. La loi est claire : la création est libre. Tant qu’un juge n’interdit pas une œuvre, personne, ni militant ni élu, ne peut décider à sa place.

PV : Ces attaques viennent-elles uniquement de l’extrême droite ?

AH : L’impulsion vient souvent de l’extrême droite, mais le problème est que d’autres responsables politiques finissent par céder à cette pression. On le voit avec le festival du Jardin du Michel : sous la pression d’élus d’extrême droite, la région Grand Est a suspendu une aide à cause de la programmation du groupe de rap Sniper, pour des raisons juridiques pourtant infondées. Cela crée un précédent dangereux : les élus commencent à s’immiscer dans l’artistique.

PV : Ces polémiques touchent aussi les artistes qui prennent position politiquement, notamment sur la Palestine avec Rock en seine qui a perdu 100.000 euros de la région cet été pour avoir programmé le groupe irlandais Kneecap. 

AH : Oui, et c’est très inquiétant. On a vu des élus tenter de sanctionner des programmations parce qu’un groupe avait exprimé son soutien au peuple palestinien. Or soutenir un peuple n’a rien d’illégal, c’est même une position que la diplomatie française a elle-même exprimée. Là encore, certains responsables politiques reprennent des arguments venus de l’extrême droite pour contester des concerts ou refuser de payer des artistes.

PV : En pleine période de municipales, craignez-vous que ces pressions s’intensifient ?

AH : Clairement. En période préélectorale, certains candidats sont tentés d’aller sur le terrain idéologique de l’extrême droite, notamment sur la culture. Le risque est que le financement public devienne un moyen de pression sur les programmations. Or la loi dit exactement l’inverse : les choix artistiques appartiennent aux professionnels de la culture. Si les élus commencent à décider qui peut jouer ou non, c’est toute la liberté de création qui est menacée.


✍️ – Elisa Verbeke, journaliste et chargée du développement de Poisson Vélo 

3 questions à… Ricardo Esteban, directeur de Petit Bain
Le lien entre mairie et salles de concerts

Si vous êtes de Paris, que vous aimez la musique indé et les concerts flottants, vous avez sûrement déjà mis un pied à Petit Bain. Véritable institution parmi les salles de concerts de l’est parisien, la salle accueille régulièrement des concerts de rock, des marchés de créateur•ices ou des festivals comme More Women On Stage. Outre le fait d’être sur l’eau, la particularité de Petit Bain est aussi d’être une société coopérative d’intérêt collectif. En gros, l'entreprise n’a pas de but lucratif. Si 90% de ses recettes proviennent d’un auto-financement, une petite partie provient du public, et notamment de la Ville de Paris. Une petite partie essentielle au fonctionnement et à l’accessibilité du lieu. À l’approche des municipales, on s’est entretenu avec Ricardo Esteban, directeur général de Petit Bain.

Poisson Vélo :  Quelles sont vos relations avec la mairie de Paris ? 

Ricardo Esteban : Petit Bain existe depuis 15 ans et son histoire est très liée à l’arrivée de Bertrand Delanoë et de la gauche à Paris. La ville de Paris, la région Ile-de-France et le CNM nous ont aidé en amenant la moitié des financements. Quand Anne Hidalgo a lancé sa campagne pour les municipales en 2012, elle est venue l’annoncer à Petit Bain. Après les attentats de 2015, l’association Pray For Paris se réunissait chaque année chez nous, et Anne Hidalgo était là aussi. C’est clair que ça a créé une relation particulière entre nous. Bon, je n’ai pas son 06 non plus et je ne déjeune pas régulièrement avec elle, mais chaque année, elle nous envoie ses vœux avec un petit truc spécial.

PV : Comment la ville intervient, niveau financement ?
RE : La ville de Paris nous donne 125 000 € par an. Ça représente 5% de notre budget de 2,7 millions. Ça paraît pas grand chose, 5%, mais ça couvre des choses qui, par nature, ne rapportent pas d’argent et qui nous singularisent.
Organiser des concerts, c’est pas une science exacte, il y a toujours une prise de risque. Si on avait plus cette aide, on aurait tendance à faire moins de contrat de co-réalisation ou de co-prod, à faire que de la location, ou à demander aux artistes un minimum garanti. Ce sont des pratiques qui ont toujours été celles des lieux privés, mais qui ne sont pas les nôtres. Ça porte aussi sur notre politique tarifaire. La billetterie de Petit Bain dépasse rarement 20€ et on a systématiquement des billets à 6€ pour les étudiant•es ou les bénéficiaires des minima sociaux. Tout ça, ça disparaitrait.

PV : Comment vous anticipez les élections municipales ?
Ces élections sont importantes parce que se jouent des modèles et des choix de société. À Petit Bain, il y a
un engagement social très fort. La question de l’accueil des migrants et du logement social sont importantes pour nous, et on ne les retrouve pas dans les projets de tou•tes les candidat·es. Pareil pour les questions de diversité, etc. Il y a rarement eu une telle fragilité du scrutin. La gauche est là depuis quatre mandats et là, quand on regarde les sondages et les statistiques, Rachida Dati est en tête au deuxième tour… Les enjeux sont forts sur ces élections, c’est important que les jeunes se mobilisent

✍️ – Zoé Pinet, co-fondatrice de Poisson Vélo 

Que prévoient les candidat·es à la Mairie de Paris pour les salles de concert ? 

Dans son plaidoyer « musiques actuelles en campagne », le Syndicat des Musiques Actuelles rappelle que 64% du budget des salles de concert, qu’elles soient publiques ou privées, provient des communes. Dans un contexte où de plus en plus de salles de concert ferment ou sont menacées, les municipales de 2026 sont cruciales pour l’avenir des scènes rock et indé. Pour vous faire gagner du temps, on a épluché les programmes des différent·es candidat·es pour voir ce qu’iels prévoient pour les salles de concert.

Sophia Chikirou (LFI)

  • augmenter les budgets dédiés à la culture et créer un fonds municipal d’intervention pour sauvegarder les espaces culturels menacés par la spéculation 

  • mettre fin à la privatisation des équipements culturels 

  • mettre à disposition et aménager des espaces de création, d’apprentissage et de diffusion dans des lieux vacants 

  • conditionner les subventions à des critères de parité et de diversité 

Emmanuel Grégoire (Union de la gauche)

  • augmenter le budget de la culture sur les prochaines années 

  • continuer d’apporter un soutien important aux lieux indépendants et privés (subventions ou aide via le CNM)

  • attention particulière à la programmation, aux politiques tarifaires et aux conditions de mise à disposition des équipements pour éviter toute concurrence déloyale avec les acteurs indépendants 

Sarah Knafo (Reconquête !)

  • revoir les subventions culturelles supérieure à 100 000 € par an et les conditionner : « toute subvention dont le coût par bénéficiaire est manifestement disproportionné sera réduite ou supprimée »

  • pas d’autre mention du spectacle vivant dans son programme

Pierre-Yves Bournazel (Renaissance/Horizons)

  • Ne mentionne pas vraiment les salles de concert dans son programme, son budget est plutôt orienté vers la préservation du patrimoine ou le théâtre 

  • Créer un « bouclier anti-bruit » en mettant en place une police municipale pour lutter contre les nuisances sonores 

  • Mise en place d’un dispositif d’aide à « l’insonorisation des bars, restaurants et établissements festifs » : 1000 établissement accompagnés en 7 ans

Rachida Dati (LR/MoDem/UDI)

  • pas de mention du spectacle vivant dans son programme à par pour la transformation de 20 toits-terrasses parisiens publics en « lieux de diffusion culturelle estivale gratuite », tout en veillant à ce que cela « se fasse dans le respect du voisinage »

  • Nuisances sonores : donner aux maires d’arrondissement un pouvoir de police locale pour « mieux encadrer les établissements festifs et les débits de boisson » 

Thierry Mariani (RN)

  • Propose de lancer « un audit de toutes les infrastructures culturelles »

  • Pas d’autre mention du spectacle vivant dans son programme

Pour en savoir plus, on vous conseille, évidemment, d’aller lire les différents programmes des candidat·es mais aussi de consulter le plaidoyer du SMA, avec ses préconisations pour les élu·es et les réponses des différent·es candidat·es. 

Saviez-vous que Jean-Marie Le Pen avait organisé une contre fête de l’Huma ? Le Rassemblement National et le Front National avant lui ont un rapport bien particulier à la musique… On en discute avec Grégoire Bienvenu, enseignant-chercheur spécialiste des musiques populaires.

📹– Roxane Voclair, journaliste médias

Pour montrer votre engagement politique et votre soutien aux scènes indé, rien de mieux que d’aller voir des concerts ! Et ça tombe bien, on est hyper servies en ce moment.

✍️– Zoé Pinet 

🎨– Nina Decup

Avec les élections municipales qui occupent le paysage médiatique cette semaine, on n'avait pas d’autre choix que de vous en parler aussi ! Et quoi de mieux qu’un horockscope pour décrire tes actes de résistance politique ? Alors pour une fois, ne lis pas uniquement ton signe astro : tu peux t’inspirer de nos idées pour te révolter à ta façon, et mener des actions qui, peut-être, un jour, changeront les choses !

✍️– Lucyle Espieussas, astrologue de Poisson Vélo
🎨– Nina Decup

La playlist du mois : Poisson Vélo contre les fachos

Toute la musique vener et engagée qu’on aime chez Poisson Vélo 😡 À écouter sur la route vers le bureau de vote, ce dimanche que ce soit sur Deezer, YouTube Music ou Spotify 🗳️

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Par Poisson Vélo

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