Il faut sauver les festivals : notre sélection pour l’été 2026 !

C'est bientôt l'été et donc la meilleure saison de l'année puisque c'est aussi celle des festivals. Chez Poisson Vélo, on adore les festivals. Pourtant, ils sont en danger. Dans cette newsletter, on vous offre notre sélection des festivals de l'été 2026, on parle de la réalité économique des scènes et de prévention des VHSS en milieu festif.

Nous sommes le 15 juin 2012. J'ai 13 ans et je vis une journée de premières fois qui a changé ma vie. Il fait beau et chaud, je suis avec mon papa au milieu d'un champ perdu en Lorraine, dans l'Est de la France. Autour de nous des gens fument, dansent, s'amusent et échangent entre eux. Pour la première fois de ma vie, je suis dans un festival : le Jardin du Michel. 

Et pour la première fois de ma vie, je découvre une nouvelle émotion devant le concert de Tiken Jah Fakoly, roi du reggae ivoirien. Les cuivres, les percussions, la voix amplifiée par une grande scène dressée au milieu des champs de colza à perte de vue. Je sens des frissons me parcourir, une chaleur m'enveloppe. Ce jour-là, j'ai eu un coup de foudre pour la musique en live. Je ne le savais pas encore, mais il allait changer la trajectoire de ma vie. Spoiler : c'est pour ça que je suis journaliste à Poisson Vélo.

Je viens d’une région où la culture n’est pas la priorité. Chez nous, comme dans beaucoup de régions françaises, on pense chômage, on pense usines qui ferment les unes après les autres, on pense à trouver du travail au Luxembourg où on s’imagine une vie meilleure. Le Jardin du Michel est le plus grand festival de musiques actuelles de la région et un rendez-vous incontournable pour des milliers de festivalier•es locaux•ales chaque année. Pourtant cette année, il a des difficultés à accéder à des subventions régionales après avoir programmé le groupe Sniper. Et c’est pour ça qu’à l’occasion de cette newsletter spéciale festivals, j’avais envie de parler de l’importance de ces espaces dans les milieux ruraux.

Les festivals peuvent être considérés comme des hétérotopies au sens où Michel Foucault les définit : des contre-espaces concrets qui fonctionnent en rupture avec l'ordre social ordinaire, à la différence des utopies qui n'ont pas de lieu tangible. Ce seuil franchi, le temps ordinaire se suspend et une nouvelle expérimentation de soi devient possible : proximité inhabituelle avec des inconnus, découvertes musicales, jeu temporaire d'un autre rôle social. Un festival se pose le troisième lieu de cette autre vie, avant que chacun ne réintègre le quotidien.

Alors qu’ils sont centraux dans les vies culturelles locales, les festivals sont sans cesse menacés. La plupart peinent à atteindre l’équilibre financier et fonctionnent grâce à des réseaux de bénévoles et des subventions publiques qui dépendent largement des partis politiques élus - on en parlait dans notre dernière newsletter. On avait envie de les mettre à l’honneur ici, et pour parler du sujet, on fait un petit point sur la situation des festivals aujourd’hui, on vous propose notre sélection des festivals à ne pas louper cet été, et on parle prévention en milieu festif. 

✍️ – Elisa Verbeke


Poisson Vélo est un média associatif avec un objectif : rendre la culture plus accessible à tous·tes, et mettre en avant les femmes et les minorités de genre dans le rock. Depuis presque deux ans, on met en lumière tes nouveaux groupes préférés, on te recommande les concerts à ne pas manquer et on t’embarque avec nous dans les coulisses des scènes indé. Pour soutenir un média musical engagé et indépendant, fais un don à Poisson Vélo !


Le Syndicat des Musiques Actuelles (SMA) dresse depuis trois ans déjà un bilan alarmant de la santé des festivals. Et ça ne va pas en s’améliorant. En 2024, 14% des festivals n’étaient pas sûrs de pouvoir rempiler sur une édition l’année suivante. En 2025, ils étaient 24%. Et le SMA estime qu’un festival sur deux est en déficit à la suite de son édition 2025. 

Pourtant, le public répond toujours présent. Ce qui change, c’est plutôt le contexte économique dans lequel évoluent ces festivals. Ces derniers temps, ils ont observé une augmentation de la concurrence avec les très grandes salles (comme les Zénith, Bercy et les stades), et la baisse du pouvoir d’achat du public. Mais les festivals ont aussi subi de plein fouet les coupes budgétaires, suite à la dissolution et au retard du budget 2025. Toujours selon le SMA, environ un tiers des festivals ont vu baisser leurs subventions départementales et régionales. Ils sont aussi parfois menacés à cause des valeurs qu’ils affichent ou suite à la programmation de certain·es artistes. Ces derniers jours, on a pu voir l’exemple de Rock En Seine, privé de subventions par la ville de Saint-Cloud et la région île-de-France suite à la programmation de Kneecap en 2025. À l’époque, le festival s’était déjà vu amputé de plus de 330 000€ d’aides par les deux collectivités. On vous parlait déjà du risque de la droite et de l’extrême droite dans notre dernière newsletter. 

Face à cette urgence, et pour défendre la diversité des festivals, mais aussi des salles de concert, des labels ou des radios indépendantes, le SMA et cinq autres organisations des musiques actuelles ont annoncé cette semaine le lancement de leur campagne « + que la musique ». Dans ce contexte compliqué, difficile de savoir quel sera l’avenir des festivals en France et en Europe. Alors on ne peut que vous conseiller de vous renseigner sur le sujet et de checker les festivals à côté de chez vous ! 

✍️ – Zoé Pinet

On a épluché la programmations des festivals prévus cet été pour vous proposer nos recommandations de festival. Que vous cherchiez à découvrir de nouveaux groupes, à vous éclater avec vos potes, à faire la fête pour pas trop cher ou à assister à des conférences les pieds dans l’eau, il y a forcément un festival pour vous ! À noter : les prog’ indiquées sont celles en date de la parution de cette newsletter, mais gardez les yeux ouverts parce que de nouveaux noms devraient s’y ajouter dans les prochains jours.

Pour relire notre interview avec Léna Guerard, programmatrice de Rock In The Barn, c’est ici !

En 2025, selon une étude réalisée par l’association Consentis, huit femmes (cis et trans) et personnes non binaires sur dix déclarent avoir subis des violences sexuelles en milieu festif. À l’approche de l’été et du début d’une grande partie des festivals, Poisson Vélo s’est donc demandé comment ces évènements peuvent lutter contre les violences et harcèlement sexiste et sexuel (VHSS). 

Tu es peut-être déjà en train de réserver tes places pour des festivals cet été. C’est peut-être même déjà fait. Partir entre potes, dormir au camping, ne pas se laver pendant quelques jours et écouter tes artistes préféré·es, quoi de mieux ? Mais est-ce que t’as pas aussi eu un peu peur, juste avant de cliquer sur le bouton « acheter les billets » ? Peur de te faire draguer lourdement, de perdre tes potes et tomber sur des personnes mal intentionnées, peur de te faire droguer, peur de ne pas te réveiller dans ta tente ?

C’est factuel, les femmes et personnes non binaires sont victimes des violences et harcèlement sexiste et sexuel en festival et milieu festif. De plus en plus de festivals et évènements musicaux prennent en compte les VHSS. Selon Justine, juriste pour Elles s'imaginent, cela fait « deux trois ans que les festivals font de plus en plus appels aux associations. » L’équipe de Poisson Vélo s’est donc demandée de quelle manière les organisateurs·ices de festivals luttent pour éviter qu’une de ces situations n’arrive, ou du moins, à en réduire le nombre. 

Qu’est-ce qui est mis en place concrètement ? 

En général, les festivals font appel à des associations ou entreprises pour assurer la sécurité des festivalier·ères. C’est le cas des Catherinettes, qui seront présentes aux Papillons de Nuit, en Normandie, ou de Elles s’imaginent, qui seront à Rock en Seine à Paris, cette année. Les deux équipes ont des dispositifs très similaires :

  1. Un stand de prévention au milieu des autres. Il sert à donner de la visibilité à l’association, mais également aux personnes qui souhaitent de s’y rendre pour discuter avec les membres.

  2. Des maraudes : des bénévoles formé·es et membres de l’association font des tours du festival pour vérifier qu’il n’y ait personne en danger. Les maraudes servent aussi de dissuasion, nous a précisé Léa, chargée de communication au festival des Papillons de Nuit.

  3. Des équipes de sécurité, formées pour la prise en charge des potentielles victimes. Il y a des zones mises à dispositions pour que les équipes de l’association, de la sécurité, des secours et des forces de l’ordre (en cas de besoin) puissent se réunir et accueillir les personnes qui le souhaitent.  

Enfin, les Catherinettes font également appel à une psychologue qui pourra prendre en charge la ou les victimes. Mélanie Gervès, directrice des Catherinettes, rappelle qu’il « n’y pas de « safe zone » parce qu’aucune zone n’est safe. Un festival qui est safe ment à son public, le risque zéro n’existe pas ».  Elle souligne aussi qu’« avoir un dispositif qui fonctionne ça a un coût, on ne peut plus se reposer que sur des associations militantes ».

Si tu hésites entre deux festivals cet été, on te conseille de checker leurs dispositifs et peut-être que ça t’aidera à faire un choix. Si tu es victime ou témoin, diriges-toi vers du personnel de sécurité ou des membres d’associations. Iels sont là pour te prendre en charge et t’aider. Tu n’es pas seul·e. 

Pour aller plus loin, il y a une enquête complète réalisée par l’association Consentis en 2025 « Nos nuits sous tensions. Pratiques festivals, sentiment de sécurité et violences sexuelles et discriminatoires en France », disponible gratuitement sur leur site internet.

✍️ – Roxane Volclair

Comme tous les mois, on vous propose notre sélection de concerts pour le mois prochain. Au programme en mai : Witch Post, Weatherday, la Block Party du Supersonic, Les Louanges, Geordie Greep et bien plus. On va encore pas beaucoup dormir en mai, mais ça vaut le coup :•)

✍️ – Zoé Pinet


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With love, Poisson Vélo 

Cette newsletter a été réalisée par Zoé Pinet, Elisa Verbeke, Nina Decup, Roxane Volclair et Lorène Bienvenu.




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Par Poisson Vélo

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